« Votre carte d’identité, bien nommée, ne comporte donc que deux ou trois de vos appartenances, parmi celles qui demeurent fixes toute votre vie, car vous resterez mâle ou femelle et enfant de votre mère. Une telle pauvreté logique confine à la misère, car, en fait, votre authentique identité se détaille et, sans doute, se perd, dans une description de l’infinité virtuelle de telles catégories, changeantes sans cesse avec le temps réel de votre existence ; (...)

Qui êtes-vous donc ? L’intersection, fluctuante par la durée, de cette variété, nombreuse et bien singulière, de genres divers. Vous ne cessez de coudre et tisser votre propre manteau d’Arlequin, aussi nué ou bariolé que la carte de vos gênes. Ne défendez donc pas, bec et ongles, l’une de vos appartenances, multipliez-les, au contraire, pour enrichir votre souplesse.

Faites claquer dans le vent ou danser comme une flamme l’oriflamme de votre carte d’identité. »

 (...) « Et si vous réunissiez sur une puce votre profil mobile et flottant ? Elle irait vers votre identité au lieu de vous fixer en quelques appartenances.»

(Michel Serres, Atlas, Julliard, 1994, p. 210)

 


Et si, au lieu d'une "puce", un réseau comme Facebook (ou nos sites et blogs) nous permettait de tisser ainsi notre habit d'Arlequin pour créer notre "profil singulier inimable" ?