Le blog d'Erica

15 janvier 2017

Nuit de la lecture (1)

Pour cette "Nuit de la lecture", je joue le jeu, pas de télé, pas de sudokus, pas de mails, mais une pile de livres en attente de lecture. Mon choix se porte sur "Paterson" de William Carlos Williams (après avoir vu et aimé le film). Voici un court extrait du Livre III : La Bibliothèque (pour rester dans l'ambiance et dans le thème des livres et de la lecture...)

"Le monde est le lieu d'élection du poème. Quand le soleil se lève, il se lève dans le poème et quand il se couche l'obscurité descend et le poème s'assombrit .

On allume les lampes, les chats rôdent et les hommes lisent, lisent - ou marmonnent, contemplent ce que révèlent les lumières minuscules ou ce qu'elles cachent ou ce que leurs mains cherchent

dans le noir. Le poème peut les émouvoir ou non. Les oreilles de Faifoute lui sifflent . aucun bruit . aucune métropole tandis qu'il paraît absorbé dans sa lecture -

le grondement des livres
dans la bibliothèque capitonnée l'oppresse
puis
son esprit part à la dérive .

Beauté :

-une flamme sombre,
le vent, le déluge - luttant contre la banalité." [...]


Nuit de la lecture (2)

Bon d'accord, j'ai dormi un peu (pas beaucoup) cette nuit. Il est 5h34 et j'ai toujours mon Paterson dans les mains. Voici un autre extrait avant que le jour se lève et qu'il me faille tenter de vivre quand même...
"Essoufflée, en toute hâte,
la multiple nuit (des livres) se lève ! se lève
et entonne (une fois encore) sa chanson, en attendant le déshonneur de l'aube
ça ne durera pas toujours,
aux abords de l'immense mer, l'immense, immense
mer, balayée par les vents, la "mer de vin sombre"
 
Un cyclotron, une criblure
Et là,
dans le silence du tabac : dans le tipi ils sont étendus en tas (un tas de livres)
antagonistes,
et rêvent de
tendresse - ils ne peuvent pénétrer, ne peuvent secouer la malice du silence (ça les forcerait à bouger) mais ils demeurent - des livres
c'est-à-dire, hommes de l'enfer,
que leur règne sur les vivants s'achève
 
Il faut, dit-on, être clair. Oh clair ! Clair ? Quoi de plus clair, entre autres, que rien n'est moins clair, entre un homme et son écriture, que de savoir qui est l'homme et ce qu'est l'écriture, et lequel des deux a le plus de valeur"
 
(W. C. Williams, "Paterson", trad. Yves di Manno, Corti, 2016, p. 125-126)

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08 décembre 2016

CITATION : TRAVEN

[...]Dobbs et Curtin durent à maintes reprises refaire le chargement. Une fois, tandis qu'ils y étaient occupés, avec force jurons, leurs propres ânes se dispersèrent ; il fallut aller les rechercher. Cela ne serait pas arrivé, s'ils avaient été trois. Ils pestèrent contre Howard ; mais cela ne leur servit pas à grand-chose, sinon à les rendre ridicules à leurs propres yeux, puisque Howard ne pouvait les entendre. Ils sacrèrent alors contre les ânes. Mais ceux-ci ne leur répondirent pas et ne les prirent pas au sérieux : ils allaient leur chemin, broutant ici un brin d'herbe, là quelques pousses feuillues, dès qu'ils pouvaient attraper une seconde pour remuer leur langue sans être poussés par l'animal qui venait derrière. A la fin, les deux camarades s'injurièrent mutuellement, se firent les reproches les plus mal fondés, s'accusant de vieilles fautes, rien que pour entendre la riposte, et, l'ayant entendu, en prendre prétexte pour s'échauffer davantage. Ce sont toujours les ripostes qui amènent les querelles. Comment espérer que l'un des deux aurait assez de calme et de douce philosophie pour ne point répondre aux injures, aux accusations, aux allusions grotesques ? Curtin marchait en tête de la caravane, Dobbs en queue. Par-dessus la tête des ânes, ils ne cessaient de se lancer l'un à l'autre des mots à double sens et des insanités. Les ânes, eux, admirables de patience, marchaient posément entre les deux hommes ; ils dressaient leur longues oreilles tantôt en avant, pour attraper un formidable juron de Curtin, tantôt en arrière, pour accrocher l'apostrophe vigoureuse que Dobbs renvoyait à Curtin. Ceux des ânes qui trottaient l'un à côté de l'autre en arrivèrent même à se frotter mutuellement le nez, à chuchoter entre eux et à railler effrontément leurs maîtres en ouvrant une large bouche. Si le sentier devenait trop étroit, ils se mettaient à la suite l'un de l'autre ; le premier tournait alors la tête en arrière et semblait dire au suivant qu'il avait compris : il serait bien entendu qu'ils avaient tous deux leur avis sur le sujet. Si Dobbs et Curtin avaient observé un seul instant leurs bêtes, ils auraient pu se faire une idée de la vraie sagesse universelle. Mais qui oserait avouer qu'il a pris un âne pour modèle ?" (B. Traven, Le Trésor de la Sierra Madre, trad. par Henri Bonifas et adapté par Charles Baudouin, Paris, 10/18, "Domaine étranger" 1987, p. 206-207).

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21 août 2016

"Sur les chemins de ma mémoire"

"SUR LES CHEMINS DE MA MEMOIRE"

CARNET DE VOYAGE POETIQUE

JUILLET-AOUT 2016

"Je vais parfois sur les chemins de ma mémoire
En trébuchant parmi des pans de souvenirs..."
(Robert MICHEL, "Double vie", dans Florilège de poésies,
Bulletin d'Espalion, rééd. 2016, p. 26)

0

"C’est le premier jour des grandes vacances [...] "
(Virginia WOOLF, Les Vagues,
dans Œuvres romanesques II,
Bibliothèque de la Pléiade, 2012, p. 454)

 

1

À Mers-les-Bains le 24 juillet

C’était la Fête des Baigneurs

Nous avons rencontré des gens costumés

Comme à la Belle Epoque

Arrivant à la gare

Fanfare, attelages et voitures anciennes

Défilant dans un joyeux tintamarre.

 

2

À Vézelay le 27 juillet

Nous avons rencontré devant la Basilique

Un poète public

Qui sur le champ m’écrivit ce qui suit :

Vézelay

"Une montagne cocasse vêtu de moine,
Un monde d'époisse, sans mât de cocagne,
Un bout de rien accouchant d'un tout,
Espace sans fin, le ciel touche mon genoux.

Accoudé au partage,
Chanteur sans croix de bois,
Je suis,
Je donne,
Et j'y trouve mon là !

ici, maintenant,
l'espace épuise le temps,
Re-maintenant, Re-ici,
Ainsi soit il
Le Paradis !!!"

(Aurélien Nadeau)


3

À Dun-les-Places le 28 juillet

Nous fûmes invités par Roland et ses amis

À un spectacle lyrique avec les « Cantaduns »,

Marie Duisit, Belinda Kunz et beaucoup d’autres…

De Lully à Kurt Weil en passant par Gluck, Mozart, Bellini,

Verdi, Strauss, du Beau Danube Bleu à Old Man River

 

 

4

À Pleaux les 30 et 31 juillet

Avec Nicole et Marc nous avons visité

Les vitrines de l'exposition de la Xaintrie Cantalienne  

Y trônent toutes sortes de collections :

Raquettes de tennis, céramiques, tirelires,

Bustes en papier mâché, flacons de parfum,

Piles wonder, tabatières pour les buxidanicophiles

Supports de fers à repasser pour les pressophiles

Ou boules de rampes d'escaliers pour les scalaglobuphiles !

 

Puis nous voilà partis à Salers et au Puy Mary

J’avais un peu le vertige mais c’était beau

À vous couper le souffle !

Aux Tours-de-Merle, on s’est dit au revoir et merci !

 

5

Au buron de Cameljane sur l’Aubrac le 2 août

Nous avons piqueniqué en famille

En mangeant le meilleur aligot

 

6

 

À Millau le 3 août,

Nous avons rencontré

René et Georgette

Nous avons partagé un nid d’abeille, une fougace

Et un gâteau à la broche

 

7

Au Bulletin d’Espalion le 5 août

J’ai acheté rue Fanguin

Le Florilège de poésies de Robert Michel

Au doux parfum de charme et de nostalgie :

 

"Cette très longue histoire que chacun porte en soi
Frémit toujours en sa fraîcheur originale…
Sur un reflet d’eau verte, l’archet d’une cigale,
Un mur mangé de lierre à l’ombre d’un sous-bois,

 L’étoile d’un regard, la chanson d’une voix,
Un sourire comme un frais parfum qui s’exhale
Des creux d’un souvenir remontant en spirale
Et déroulant sans fin les charmes d’autrefois.

 Quand l’ombre de mon pas se raccourcit parfois,
Je sens grandir alors une onde musicale :
Les ETRES et les CHOSES, en hymne triomphale
Vibrent intensément au plus profond de moi,

 Et le passé revit au présent de ma joie."

(Robert Michel, "A la recherche du temps perdu")

 

8

À Pessac le 7 août

Chez Claude et Franck nous étions invités

Dans leur belle maison et leur beau jardin

Aux lauriers roses comme à Pétra 

 

9

À Fumel le 8 août

Nous avons visité le château de Bonaguil

« Château de rêve » selon Max Pons

Pour un guide, quoi de plus fantastique ?

Pour un troubadour, quoi de plus romantique ?

Et d’où viennent ces mystérieux graffiti ?

 

 

Aux Jurandes, nous avons salué Bernadette,

Qui fait vivre tant qu’elle le peut

l’œuvre au bleu de son mari Fred Bourguignon

 

10

 

Enfin, le même jour,

Nous avons rencontré avec nos amis

Le chantre du terroir auvergnat, Thierry Col

En compagnie de ses deux chiennes Lowenberg

Fantasia et Arizona.

Accueil chaleureux, échanges de souvenirs du Club des poètes

Et de Jean-Pierre Rosnay

Entre chanson et poésie…

"Au pays de l'eau et du feu
on a tous un coeur généreux
comme la terre de nos volcans
on a du feu en dedans"

 11

À Saint-Riquier le 13 août

Avec Marc et Sylvie

Nous avons visité l’abbaye royale

Et les deux expositions du moment :

Gérard Titus-Carmel et Alain Fleischer

Lire, peindre, écrire, écouter lire

Nous aurions pu rester des heures

 

« Le rêve de la nuit, le rêve de toutes les nuits – ce qu’on retient de ce torrent
d’images que le sommeil déploie et disperse en son cours. Et dans ce gouffre,
ce trésor se dissout dès les premières clartés du jour, à peinte tentons-nous
de construire un peu de légende autour de ses décombres.
Mais la capacité du rêve à s’échapper ainsi de la conscience éveillée –
et cela jusqu’à douter même d’avoir rêvé -,
c’est précisément ce qui rend désespérément belles
ces ruines qu’on abandonne à la lumière (…) »

(Gérard Titus-Carmel, extr. de La Nuit au corps).

12

À Saint-Riquier le 13 août

Avec Marc et Sylvie

Nous sommes revenus pour le concert

Du quatuor à cordes Vertigo

Autour de musiques de films

Dont Cassandra’ Dream de Philip Glass

 

13

À Abbeville le 16 août

J’ai trouvé par hasard Le Seigneur du continent bleu de Frédéric Billiet

Je vous lis avec plaisir et étonnement

Percevant dans vos poèmes l’héritage des troubadours et des trouvères

 

« Ta beauté tant puissante qu’éphémère
Se liquéfie dans mon esprit
Qui n’en retient que le mystère
Et son existence infinie

 
Mais l’alchimie de la lumière
Que tu renies sans fermeté
Versera sur ce papier clair
L’essence rare de ta beauté »

14

À la Baie d’Authie le 17 août

Avec Sylviane et Dominique

Nous avons rencontré

Phoques et veaux marins en grand nombre

Qui se donnaient rendez-vous

A l’heure dite selon la marée

Sur la mer qui scintillait

De milliers de diamants blancs

 

15

À Miannay au Clos Cacheleux

J’ai lu, écrit et peint

À l’acrylique, à l’aquarelle,

Volcans, falaises, coquelicots

16

Des images plein la tête

Des amis plein le cœur

Et de la poésie plein la vie.

 

17

Je pense à tous ceux que je n’ai pas revus, qui sont loin, à ceux qui ont quitté ce monde mais qui sont là pourtant comme si "l’absence multipliait la présence".

Je dédie ce carnet de voyage poétique à mes parents et à mon oncle Bob.

Maman, à Butel, à Espalion, à Aubrac, ici plus qu’ailleurs,

« Je t’ai vue enfin en ces lieux apparaître
Et j’ai corsé ton nom
Du signe de l’infini ».

 (Frédéric Billiet, Le Seigneur du continent bleu)

 

 

Nathalie Cousin

 21-22.08.2016

 


 

 

15 juin 2016

LES FRUITS DU MARCHE... DE LA POESIE 2016

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Voir aussi l'album photos

 

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06 juin 2016

CITATION : MATTHIEU GONDOR

"Si ces Parisiens des années soixante avaient pu imaginer qu'ils seraient expulsés de leur ville pour aller vivre en ces mornes plaines desservies par de sombres trains qu'ils prendraient quotidiennement ; si ces Parisiens des années soixante avaient pu imaginer qu'ils voyageraient écrasés les uns contre les autres par leurs tristes coreligionnaires salariés, serfs domestiqués comme eux-mêmes ; si ces Parisiens des années soixante avaient pu imaginer qu'ils finiraient esclaves de ces transports qui leur volent une grande partie de leur vie, alors, sans aucun doute, ils auraient éclaté de rire en appréciant la farce à sa juste valeur tout en se moquant du farceur. C'est pourtant devenu la réalité ! L'époque a hypocritement offert aux populations laborieuses des semaines moins chargées, mais elle s'est bien gardée de leur parler du temps qu'ils engloutiraient dans les gouffres chronophages des embouteillages ou des transports en commun qui les relient - toujours plus loin pour leur offrir un confort toujours plus artificiel - à leur lieu de servilité : Saint-Denis-Paris-I, Cergy-Paris, Beauvais-Paris-II, puis Amiens-Paris-III, Lille-Paris-IV, et ainsi de suite, tous les matins et tous les soirs.

Leurrés encore une fois, les hommes se sont jetés sur la poudre d'ombre de perlimpinpin du temps libre qu'on agitait devant leur vue devenue basse, et on lâché une proie dont ils avaient de toute façon déjà été dépossédés : la délicieuse et enivrante sensation de l'écoulement de la vie."

Matthieu Gondor, Laissez toute espérance... : Première partie : Chants I-XVIII : roman, Fantasmak Editions, p. 139.

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