Bon d'accord, j'ai dormi un peu (pas beaucoup) cette nuit. Il est 5h34 et j'ai toujours mon Paterson dans les mains. Voici un autre extrait avant que le jour se lève et qu'il me faille tenter de vivre quand même...
"Essoufflée, en toute hâte,
la multiple nuit (des livres) se lève ! se lève
et entonne (une fois encore) sa chanson, en attendant le déshonneur de l'aube
ça ne durera pas toujours,
aux abords de l'immense mer, l'immense, immense
mer, balayée par les vents, la "mer de vin sombre"
 
Un cyclotron, une criblure
Et là,
dans le silence du tabac : dans le tipi ils sont étendus en tas (un tas de livres)
antagonistes,
et rêvent de
tendresse - ils ne peuvent pénétrer, ne peuvent secouer la malice du silence (ça les forcerait à bouger) mais ils demeurent - des livres
c'est-à-dire, hommes de l'enfer,
que leur règne sur les vivants s'achève
 
Il faut, dit-on, être clair. Oh clair ! Clair ? Quoi de plus clair, entre autres, que rien n'est moins clair, entre un homme et son écriture, que de savoir qui est l'homme et ce qu'est l'écriture, et lequel des deux a le plus de valeur"
 
(W. C. Williams, "Paterson", trad. Yves di Manno, Corti, 2016, p. 125-126)