« Le premier mérite d’un tableau est
d’être une fête pour l’œil.1 »

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Erich Klossowski

(Ragnit, Allemagne, 18 ou 19.12.1875-Sanary-sur-Mer, 23.01.1949)*

Peintre et historien d’art d’origine polonaise et allemande.


19

décembre

354/12

« Klossowski, dans le nobiliaire prussien, est l’orthographe allemande du polonais Kłosowski ; les Kłosowski ont pour " nom d’armes  " (nom de clan, rassemblant sous les mêmes armoiries plusieurs familles nobles sans parenté entre elles) Rola, qui signifie terre arable – et Kłos, c’est l’épi de blé. 2» 

La date de naissance de Victor Edouard Éric (Erich) Klossowski diffère selon les sources : 18 ou 19 décembre. En fait, elle serait bien « le dix-neuf décembre mil huit cent soixante-quinze » d’après l’acte de décès dressé à Sanary-sur-Mer le 23 janvier 1949 le jour même de sa mort. On lit également sur ce document qu’il était le fils de Léonard Klossowski et de Lisbeth Doerk de Freval tandis qu’Annette Gautherie-Kampka indique qu’il est « le fils aîné de Viktor Népomucène Klossowski avocat et notaire, juge à Ragnit, descendant d’une fort ancienne famille nobiliaire polonaise de tradition catholique, et de Wilhelmine, née Doeurk, issue d’une famille de fonctionnaires prussiens de tradition luthérienne3. »

Erich Klossowski étudia à Breslau et à Berlin. A l’Université de Breslau, il suivit des cours de droit puis d’histoire de l’art. Il y eut pour condisciple Wilhelm Uhde. Sous la direction de Richard Muther, Klossowski entreprit une thèse consacrée au peintre silésien Michael Willmann. Il collabora également au journal Die Eule. En 1902, Erich Klossowski s’installa à Paris avec Elisabeth Dorothea Spiro qu’il épousa l’année suivante et dont il eut deux fils devenus éminemment célèbres : Pierre, né en 1905, et Balthasar (« Balthus »), né en 1908. Erich et sa femme (surnommée Baladine ou Merline par Rilke, avec qui elle fut très liée) firent partie du groupe que l’on a appelé la colonie des « Allemands du Dôme » à Montparnasse. Parmi les amis allemands de Klossowski, on retrouve les noms de Wilhelm Uhde, Julius Meier-Graefe, Eugen Spiro (beau-frère d’Erich Klossowski, à qui l’on doit un portrait de ce dernier), Hans Purrmann, Bernhard Kellermann, Otto Ackermann, Clara Sachs... Klossowski a connu le marchand de tableaux Ambroise Vollard, les peintres Pierre Bonnard (dont Baladine fut l’élève), Maurice Denis, André Derain ; il eut également pour amis le peintre vaudois René Auberjonois (1872-1957), Jean Strohl, l’écrivain Joseph Breitbach. Fin connaisseur de l’art français, Erich Klossowski admire Poussin, Delacroix, Daumier, Cézanne... A Paris, E. Klossowski exposa au Salon des Indépendants en 1905 et 1906 et au Salon Devambez en 1909. De cette époque, datent la plupart de ses publications : Die Maler von Montmartre , le catalogue raisonné de la Collection Chéramy en collaboration avec Julius Meier-Graefe, une étude sur Honoré Daumier plusieurs fois rééditée et qui fait toujours référence.

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S’y ajoutent ses fins croquis pour Orlando und Angelica, pièce pour marionnettes inspirée de scènes napolitaines de Julius Meier-Graefe.

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En 1914, du fait de la guerre, les Klossowski durent quitter Paris et se rendre à Berlin. Pour vivre, Erich Klossowski dessina, entre autres, des décors pour le Théâtre Lessing. En 1917, Erich et Baladine Klossowski se séparèrent. Klossowski vécut jusqu’en 1924 à Munich puis retourna à Berlin. En 1927, il exposa à la galerie Flechtheim. En 1928, il se retira à Sanary-sur-Mer près de Toulon. Il se fit naturaliser français. Il mourut à Sanary le 23 janvier 1949.

Erich Klossowski est décrit par ceux qui l’ont approché comme étant un homme "affable et raffiné", un « peintre délicieux », d’une grande discrétion, mais sans cesse en proie au doute et à une trop grande autocritique. Son œuvre picturale est aujourd’hui perdue ou dispersée. Il ne reste que quelques paysages de Provence, un portrait de Baladine, un Saint-Georges et le dragon. Le Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg conserve de lui une lithographie sur papier pour le portfolio Shakespeare Visionen
(Sommernachtstraum)4
.

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Bibliogr. : 

1.Ouvrages d’Erich Klossowski :

Michael Willmann : Inaugural-Dissertation welche... verteidigen wird Erich Klossowski, Breslau, H. Fleischmann, 1902.

Die Maler von Montmartre Willette, Steinlen, T.-Lautrec, Léandre, Berlin, Bard, 1904.

Honoré Daumier mit einhundertdreiunddreissig Abbildungen und vier Lichtdrucktafeln, München, R. Piper, 1908.

La collection Cheramy : catalogue raisonné précédé d'études sur les maîtres principaux de la collection, ed. J Meier-Graefe et E. Klossowski, Munich, R. Piper et Cie, 1908. (Le catalogue contient notamment un essai sur Delacroix par E. Klossowski).

Orlando und Angelica ein Puppenspiel in zehn Akten von Kaiser Karl und seinen Paladinen und ihren Kämpfen wider die Heiden, auch von Angelica und Rolands Liebe, Wahnsinn und Genesung und manch anderen Umtrieben. Frei nach der Überlieferung der Neapler Marionetten, von Julius Meier-Graefe, mit Bildern [...] von Erich Klossowski, Berlin, P. Cassirer, 1912.

2. Sources consultées sur Erich Klossowski :

Balthus, Correspondance amoureuse avec Antoinette de Watteville, 1928-1937, texte établi et commenté par S. & T.K.R [i.e. Stanislas et Thadée Klossowski de Rola],Paris, Buchet-Chastel, 2001. Contient quelques lettres de Balthus et une de Baladine adressées à E. Klossowski. Manfred Flügge, Exil en Paradis : artistes et écrivains sur la Riviera : 1933-1945, trad. Josie Mély, Issy-les-Moulineaux, Arte éd ; Paris, Éd. du Félin, 1999.

Annette Gautherie-Kampka, Les Allemands du Dôme : la colonie allemande de Montparnasse dans les années 1903-1914, P. Lang, 1995, p. 19-25 ; 406. Biographie d‘Erich Klossowski la plus complète.

Claude Roy, Balthus, Paris, Gallimard, 1996, p. 22-25.
Quelques sites internet consultés :
lettre de Balthus à son père  

http://www.worldlingo.com/ma/enwiki/en/Erich_Klossowski 

http://en.wikipedia.org/wiki/Erich_Klossowski 

* Cf. acte de décès et portrait d’Erich Klossowski  par Eugen Spiro
aimablement communiqués par Thadée Klossowski.
(portrait reproduit notamment dans le catalogue
de la rétrospective Balthus à Venise, Flammarion,
2001, p. 44). 

1. Delacroix, cité dans La collection Cheramy, p. 30.

2. Cf. introd. à Balthus,

Correspondance amoureuse avec Antoinette de Watteville.
3. Cf. Les Allemands du Dôme, p. 406.

4. 1918, Portfolio de 32 planches.
Ill. 1-3 :  © Institut national d'histoire de l'art, bibliothèque,

collections Jacques Doucet.
Reprod. ici avec l'aimable autorisation de Nathalie Muller

avec mes remerciements.

Ill. 4 : © Musée d'Art moderne
et contemporain de la Ville de Strasbourg Inv. : XVIII 66(3).
Source : base de données Joconde.
Reprod. avec l'aimable autorisation de Franck Knoery
et Christine Speroni avec mes remerciements.
Remerciements à Dominique Raddrizzani (directeur du Musée Jenisch à Vevey, Suisse),
Hervé Monjoin (Archives municipales
de Sanary-sur-Mer),
Cristina Marich (Fondation Balthus. Le Grand Chalet. CH-1658 Rossinière)

et tout particulièrement à Thadée Klossowski.

maj 23.12.09