31 décembre 2007
LA FACE CACHÉE DE L'ALMANACH : introduction à l'épagomène III
La face cachée de L’Almanach d’Éric :
Introduction à l’épagomène III
Certes, un cheminement on ne peut plus personnel m’a conduite « de l’horizon d’un seul à l’horizon de tous » pour reprendre l’expression de Paul Éluard. Mais ne serait-ce pas plutôt l’inverse : « de l’horizon de tous à l’horizon d’un seul » qui aurait motivé en secret ma démarche ainsi qu’en ont fait l’hypothèse avec un don de seconde vue étonnant Éric Chevillard1 et Éric Jacob2 ?
Un Jour blanc pour une clé d’or ouvrant toutes les portes ? Et si le monde multiple des Érics n’était pas clos sur lui-même mais ouvrait un passage vers une autre rive ? En d’autres termes, si ce livre renvoyait, à l’extrême limite, à un autre prénom - et aussi à quelqu’un - qui aurait exercé sur moi un énigmatique pouvoir de fascination ?
Il suffit d’un signe pour reconnaître ce « moment décisif qui, fatalement, irrémédiablement, infléchit le cours du futur en nous faisant prendre un chemin auquel nous n’étions pas préparés1. » Pour moi, ce moment décisif fut donné par la rencontre le 8 octobre 2002 avec un poète qui ne s’appelle pas Éric mais… Émeric.
Dès lors, sa présence dans cet almanach m’est vite apparue indispensable, sans quoi il aurait manqué un élément essentiel à ma quête. C’est pourquoi j’ai tenu, à ce que ce seul Émeric fasse ici figure d’exception et qu’il occupe une place soit correspondante à sa date de naissance, soit à la fin de l’almanach comme le premier Éric (épagomène I) débutait celui-là. Afin de trouver le compromis et l’équilibre les plus satisfaisants possibles, j’ai choisi en définitive de lui consacrer ces dernières pages, à la périphérie de l’almanach, en hors-temps ou 3e jour blanc (épagomène III).
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1. Éric Chevillard, e-mail du 18.06.07. 2. Éric Jacob, e-mails des 12 et 13.08.2007. 3. Félix Azúa, L’heure du choix, trad. de l’espagnol par Eric Beaumatin, Paris, Éd. du Seuil, 2004, p. 11.
dernière maj : 28.11.07
« Car il n'y a rien de caché qui ne doive se découvrir,
rien de secret qui ne doive être connu. »
(Évangile selon St Mathieu, X)
« Je suis dans l’almanach ce qui échappe
à l’almanach, et la chance de métamorphose
du désastre, du trauma, dit la trace. »
(Claire Fourier, La Trace, Paris,
Bartillat, 1999, p. 79).
EN MARGE DE L'ALMANACH D'ÉRIC : ÉPAGOMENE III
« Écrire, c’est brûler1. » |
Épagomène III |
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« Laisse-moi devenir un point dans ta vie : une trace, un repère. Que tu puisses aller vers... approcher. Où tu puisses trouver... puiser si besoin. Quelque chose qui t’attire, qui t’aide et qui t’apporte. » (Le Petit homme qui brûlait, Lettre deux)
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Émeric de Monteynard a été initié très jeune à la littérature et à la poésie en particulier grâce à l’un de ses professeurs de français, Joseph Pérard, ami de Max Jacob. Plus tard, il a découvert entre autres les univers de Jean Tortel, Jean Follain, Bachelard… En 1992, il a fait la connaissance de Guillevic avec qui il s’est lié. Nourri de ses lectures et rencontres, Émeric de Monteynard a évolué cependant d’une façon différente et toute personnelle. Il a publié, en 2001, un roman épistolaire, Le Petit homme qui brûlait, dans lequel un homme adresse à une femme quarante lettres. Celles-ci retracent en filigrane l’histoire de leur amour qui se termine par une rupture ; le ton est sincère, brûlant : « Je sais que je t’offre, avec cet amour, quelque chose d’un peu lourd à porter et complexe à gérer... difficile à admettre. Peut-être impossible à construire. J’ai envie pourtant de crier, de brûler, de hurler cet amour... de rayonner avec toi et pour le monde entier2.» La même année, paraît le premier recueil de poèmes d’Émeric de Monteynard, Aimer le dire, aux éditions Éclats d’encre. Au départ, il s’agissait d’une lettre pour ses enfants. Aimer « C’est se taire / Et surtout / Ne pas dire. Une grâce. » mais aussi « Aimer / C’est le dire / Etre / Et s’engager ». Après Aimer le dire, trois autres recueils se succèdent toujours aux éditions Éclats d’encre dirigées par Sandrine Fay : Concéder l'or et le bleu, (2002), Dans ce tremblé des dires (2003), Toucher les doigts du sourcier (2004). De l’un à l’autre, le poète affirme son style et son talent, donne à son langage une profondeur, une cohérence et une unité remarquables. Des poèmes souvent assez courts, denses, « des mots choisis, humbles et très communs, pour toucher l’homme, par tous ses sens à la fois. Des mots simplement posés sur le silence, comme sur un écrin… » …/… La mise en page, les blancs, les silences donnent de l’espace. Les questions « ouvrent » plus que les réponses, invitent à aller plus loin. Le poète accorde aussi beaucoup d’importance au rythme, à la musique des mots, aux souffles et aux intensités. Il veille à ce que les mots s’accordent et « sonnent ce qu’ils disent ». Il préfère les verbes, qui permettent d’avancer, aux adjectifs. Il travaille longuement ses textes, les lit à haute voix, assemble et pèse les mots un à un comme s’il les prenait dans la main, « un peu à la manière d’un artisan ou d’un sculpteur ». Poète-sourcier, il évoque la nature (la mer, le désert, les pierres, les arbres…), les éléments, la lumière, le silence, le temps, l’amour, l’homme, la vie et la mort… Il cherche à saisir « l’essence des choses », prend le temps d’écouter, de contempler. Sa poésie qui allie beauté et justesse, sensualité et spiritualité, peut se lire comme une prière : elle relie, « unit, dans une sorte d’absolu, le visible et l’invisible5 ». Aux arbres penchés, publié aux éditions prédestinées de l’Arbre à paroles en 2006, est un peu différent des autres recueils par l’écriture, mais tout aussi sensible dans la façon d’aborder de façon originale et renouvelée les rapports entre l’homme et l’arbre. Émeric de Monteynard a reçu pour ce recueil le Prix Amélie Murat le 9 juin 2008 à Clermont-Ferrand. Émeric de Monteynard touche aussi bien ses lecteurs que d’autres poètes et artistes : outre Xavier, qui a illustré Aux arbres penchés, la peintre sculpteur Katia Casellas-Clerté a réalisé une série d’œuvres en écho à Concéder l'or et le bleu. Christophe Vidal, compositeur, a mis en musique neuf poèmes dans un cycle de mélodies intitulé Cheminement. Au théâtre, Lilian Lloyd, parmi d’autres clins d’œil, lui a dédié notamment sa pièce L’homme qui courait sur les récifs (Éclats d'encre, 2005).
Publications : Poésie : Toucher les doigts du sourcier, Éclats d'encre, 2004. Dans ce tremblé des dires, Éclats d'encre, 2003. Concéder l'or et le bleu, Éclats d'encre, 2002. Aimer, le dire, Éclats d'encre, 2001, 2e éd. 2003. Roman : Le Petit homme qui brûlait, Martel, Éd. du Laquet, 2001. (14, rue Gambetta, 78600 Mesnil-le-Roi. Tél. : 01 34 93 40 71 Editions@Eclatsdencre.com). Aux arbres penchés, ill. de Xavier, Amay, L’Arbre à paroles, 2006. (Maison de la poésie d’Amay, 50 Grand-Route, BP 12 – B 4540-Amay. editions@maisondelapoesie.com) Publications en revue : L’Arbre à paroles, Mot à Maux, In-fusion. Sites Internet : http://www.Eclatsd'encre.com ; http://www.maisondelapoesie.com ; http://www.francopolis.net ; http://ouvreboite2.free.fr ; http://printempsdespoetes.com ; http://terreaciel.free.fr ; http://wwwmotamaux.hautefort.comwww.Eclatsdencre.com | ||||
1. Dédicace personnelle à Dans ce tremblé des dires.2. Le Petit homme qui brûlait, lettre cinq, p. 18. 5. Cf. Conférence Animagis, mercredi 8 juin 2005. Photo NC, 2004. Tous poèmes et extraits suivants reproduits avec les aimables autorisations de l’auteur, de Sandrine Fay (Éclats d’encre), Cathy Lebrun et David Giannoni (L’Arbre à paroles). Avec mes plus sincères remerciements. | |||||
tomber Quitter là-haut Le gotha Clos des comètes
En lumière
Un homme
A ses souffles la nuit
Voire à peine aperçu
(Dans ce tremblé des dires) |
en perce
Mon corps n’est que point Qui devient. * En perce Il expose, étend Cerne Il apprend. Il est l’eau le sel La chair et les os Mon corps Est corps Egal Il est feu. * Il cogne Désassemble Geste Par geste Mais si Vide Enfin vif et rebelle Je me mue Astre A vos yeux S’il s’avère Qu’un jour Je sois C’est vous seuls Stupéfaits C’est vous, qui saurez.
(Dans ce tremblé des dires) |
source
Qui cède l’eau A la source Et qui rend si secret Ce point Que sait la chair En elle Et tait ? Qui Tant me garde de conclure Et me dit De céder ? (Dans ce tremblé des dires) |
soleil
Plus l’ombre est dense Et danse à tes pieds Plus tu touches au but Et te sais du soleil. (Toucher les doigts du sourcier) |
Poème lu par Émeric de Monteynard : Desert
(Extr. de Toucher les doigts du sourcier)
dernière maj : 23.06.08



