Emeric de Monteynard

Pétra, s'égarer vers le ciel

Tertium Editions, 2014, 128 p. – 13,50 €

 

Deuxième lecture

"Pas encore"

« Pour que le secret de Pétra ait pu être gardé si longtemps,
il a bien fallu qu'il y eût là, derrière, quelque chose d'exceptionnel,
quelque chose de caché, de scellé, de tu, qui devait jaillir, se jeter,
nous surprendre et nous transformer - à jamais nous former ! »

 

 

On peut se demander pourquoi j'ai attendu si longtemps, un mois, avant de publier ne serait-ce que sur mon propre blog (où je suis censée m'exprimer en toute liberté) mes premières impressions de lecture de Pétra, s'égarer vers le ciel, que je n'avais partagées qu'avec Emeric jusque-là. Je crois que j'avais besoin de garder au chaud un moment d'intimité, à l'abri de tout bruit, sa petite fille prénommée Pétra, nouvelle-née, reçue le 29 septembre chez moi. Je crois que j'avais en même temps "Là, à ce moment-là ? Un besoin terrible et urgent d'échange et de partage !" c'est-à-dire une envie égale d'en parler, de la montrer et d'offrir des exemplaires à tout le monde, à l'Ouvre Boîte à Poèmes, à mon travail, à ma famille, etc. et ne m'en prive d'ailleurs pas... Mais pas sur Internet, pas sur mon blog, pas sur Facebook, pas tout de suite, non, pas tout de suite. "Pas encore".

Je suis toujours la femme coupée en deux, par le oui, par le non, à droite ou à gauche, la balance entre les deux, la valse-hésitation qui n'a rien à voir avec la danse joyeuse que se met à danser la terre d'Emeric.

Il faut dire que ce mois d'octobre a été très occupé par un tout autre projet : ma prochaine conférence (ou plutôt lecture, causerie...) sur Erik Satie, ça ti-rait, tiret, de ce côté là aussi. Avec le "satianique" (?) Satie, je voyais surtout en blanc et en noir. Avec la Pétra d'Emeric, ce sont toutes les couleurs de l'arc-en-ciel qui s'offrent à nos regards !

Il est plus que temps de revenir à Pétra. C'est une vision du Paradis (perdu, retrouvé). Peut-être avais-je besoin d'un moment propice, d'un peu de recul et d'élan pour me préparer à une deuxième (et nième) lecture plus approfondie.

Quand deux ou plusieurs travaux ou lectures interfèrent dans le même temps, il se passe des choses curieuses dans mon cerveau, comme si je voulais toujours et absolument relier par les mots des choses si différentes qu'elles n'ont a priori rien à voir les unes avec les autres. C'est tout l'enjeu de mes Bribes, reflet de mon capharnaüm intérieur ! Il se peut que j'arrive ainsi à une lecture déformée avec mes prismes kaléidoscopiques, pourtant c'est devenu une seconde nature.

Ainsi, exemple entre mille autres, nul doute que les expressions "si loin", "si haut" ou "plus loin" d'Emeric, trouvent un écho en moi dans certaines annotations musicales de Satie : "Portez cela plus loin" qui arrive juste après un "Très perdu" (3e Gnossienne) surexposé à des gammes aux intervalles étranges et accidentés, alternativement montantes et descendantes, que je relie et tisse alors aux nombreuses montées et descentes périlleuses que font les voyageurs égarés dans le site de Pétra... "Se perdre un temps dans un désert de sables et d'horizons ouverts sur l'infini" (...tandis que la 3e gnossienne s'achève par la fameuse expression "Ouvrez la tête")

"Et nous apprenons à rêver un peu plus ou plus loin. Un peu mieux. Nous apprenons à nous bâtir."

*

à suivre...

25.10.2014, 12h03