penicaud DZ2199_grand_large

Références de la partition :

Gravure / Engraving: Éric Dussault
Couverture / Cover: photo Éric Pénicaud, en cargo dans le sud de l’océan Indien
© Copyright 2014, tous droits réservés
Les PRODUCTIONS D'OZ 2000 inc.
2220, chemin du Fleuve, Saint-Romuald (Québec) Canada G6W 1Y4
tél. 1 418 834-8384
Dépôt légal, 1er trimestre 2014
Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada
ISBN: 978-2-89737-116-6
Imprimé au Québec / Printed in Quebec


Si on ne présente plus Éric Pénicaud, en outre un de "mes" plus fidèles Érics sur ce blog, il serait temps que je dise en revanche quelques mots des deux partitions qu'il a eu l'amabilité de m'envoyer. Merci Éric.

Il s'agit du Concerto pour le grand large pour guitare, flûte, violons I et II, alto, violoncelle et contrebasse, et de Improvisation XVII-XXI pour guitare solo.

Commençons par le Concerto. Comme le suggèrent le titre et l'introduction, Éric Pénicaud s'est inspiré pour cette oeuvre, de loin en loin, de ses propres voyages maritimes (Mer Rouge, Océan Indien, Caraïbes...). 

À l'instar du compositeur de La Mer, Claude Debussy, pour qui « rien n’est plus musical qu’un coucher de soleil »1...,  il serait tentant de rechercher dans la musique d'Éric Pénicaud des rapports entre nature et musique ou bien (plus largement) entre géographie et musique, ce que certains nomment "géo-musique"2(ou "géomusique"), ou bien, dans le même sillage, la terminologie n'étant pas très précise, de parler de "géopoésie musicale", ou de "géopoétique musicale"3.

Éric Pénicaud a en effet écrit d'autres oeuvres aux titres évocateurs de rencontres possibles entre géographie et musique : "Tsunami", "Le chant du torrent", "Derviches tourneurs", "Parabole créole"4, et/ou entre (géo)poésie et musique, par exemple avec "J'irai dans les sentiers" directement inspiré du poème de Rimbaud, "Sensation"5.

*

Pour en revenir au Concerto pour le grand large, il se compose (très classiquement) de trois mouvements intitulés respectivement : I. Oviri. II. Transfiguratio. III. Slap !

Le compositeur apporte un soin extrême à la notation qui associe les indications techniques de jeu ("tambora", "remolino"...), les subtiles variations de dynamiques, de tempi, alterne les passages mesurés et sans barres de mesure, etc. tout en laissant au soliste (et aux autres instrumentistes) "une certaine liberté d'interprétation".

L'oeuvre est dédiée au guitariste Sébastien Llinares. (Voir son site).

Chaque mouvement possède une écriture caractéristique et différenciée : jeux dialogués mélodiques, rythmiques, harmoniques à tous les instruments dans le 1er mouvement,  écriture plus "contemplative" dans le 2e mouvement, la guitare étant surtout accompagnée par de "longues résonances" à durée indéterminée. Enfin, dans le 3e mouvement, assez long passage de motifs mélodiques répétés utilisant de larges intervalles (prédilection pour les intervalles de 7e majeures, de quartes et de quintes) alternativement ascendants et descendants en doubles croches (figurant de grands mouvements de vagues) à la guitare, sur fond sonore (sans hauteur définie, effets percussifs, "son éolien" à la flûte, usage des vibratos...) Un peu avant la fin, les étagements des instruments par entrées successives sur de larges intervalles aboutissent presque au total chromatique (j'ai compté 11 sons sur 12 sauf erreur) allant jusqu'à un paroxysme de volume sonore (triple forte) avant de rediminuer progressivement jusqu'au pianissississimo. 

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Ce Concerto pour le grand large m'apparaît avant tout comme une invitation à un nouveau "Voyage de mon oreille" (Cf. Claude Ballif, 1979) ouvrant éventuellement sur d'autres perspectives d'écoute et de lecture possibles dans le vaste champ des correspondances entre géopoétique, musique et même arts plastiques6. Je songe par exemple à La grande vague au large de Kanagawa  [ou Kanawaga selon les sources] ou à d'autres estampes similaires d'Hokusai...

Hokusai La grande vague

 


Notes :

(1) Cf. http://musicalics.com/fr/compositeur/Claude-Debussy [consulté 6.8.14].

(2) Cf. Nicolas Canova, La musique au coeur de l'analyse géographique, L'Harmattan,

(3) "Voyage en géopoétique musicale", Cf. http://www.lalignedecoeur.fr/2013/07/voyage-en-geopoetique-musicale/ ; la notion de "poétique musicale" rappelle aussi Stravinsky.

(4) Voir vidéos où Éric Pénicaud lui-même joue de la guitare :

 (5) Cf. Interprétation par Gen Matsuda, guitare.

 (6). Voir notamment à ce sujet l'article de Georges Amar, "Laboratoire de géopoétique appliquée", texte extrait de Géopoétique  et arts plastiques, Publications de l'Université de Provence, 1999, en ligne sur : http://www.geopoetique.net/archipel_fr/institut/introgeopoetique/textes_fond_plastiques3.html 


 Nathalie Cousin, (Erica C.)

Première mise en ligne de cette page : 6.8.14

Dernière mise à jour de cette page : 7.8.14

Tous remerciements à Éric Pénicaud