L'odeur ouvre le front
met dans la main une rumeur ancienne
la simple odeur longtemps retenue de la laine
et la tranquille ampoule où brûle le limon

L'oreille ouvre le temps
quel genêt bouge alors dans le coeur quelle pierre
frappe la jambe quel printemps
remet au centre la misère

La bouche ouvre la nuit
libère un vieux galion sous la dure falaise
une fille s'endort le bruit
des mers inachevées la conduit la protège

Le coeur ouvre l'étui
où rêvait le poète à ses futures frondes
pareil au grave enfant que la mort dévergonde
sourd à ses animaux sourd aux dieux sourd aux fruits

La chaleur ouvre le monde
dans le signe de l'ami.

(Extr. de Jean Sénac, Oeuvres poétiques, Actes Sud, 1999, p. 112)