« Le monde existe, feuille à feuille. Il faut
l’évoquer, image après image, instant après instant. »
( Jean-Louis Backès préface à 
Anna Akhmatova, Requiem,
Poème sans héros et autres poèmes,
 Poésie / Gallimard, 2007, p. 7.)  

kanaks 2 frères

"Les deux frères",
(Source : exposition Kanak, l'Art est une parole, Musée du Quai Branly, 2013.)

  *

 

Ils sont deux. Depuis qu'ils se connaissent, ils se considèrent mutuellement comme deux frères. L'un est écrivain poète, l'autre acteur, metteur en scène, dramaturge. Avec leur immense talent, ils n'ont pas fini de faire parler d'eux ! 

L'un s'appelle Emeric de Monteynard, l'autre Lilian Lloyd. Confirmant une nouvelle fois le célèbre aphorisme d'Eluard : "Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré", la dernière pièce de Lilian, Comme un arbre penché, actuellement à l'affiche, est explicitement dédiée "À Emeric et ses arbres penchés".

 

 

 

CAP AAP

Références :

Lilian Lloyd, Comme un arbre penché, L'Avant-scène théâtre, La Collection des quatre-vents, 2014. (Voir détail catalogue L'Avant-scène théâtre) Blog de Lilian

Emeric de Monteynard, Aux arbres penchés, dessins de Xavier, L'arbre à paroles, 2006. Site d'Emeric

 

 


 

 

En octobre 2012, Lilian m'avait fait l'amitié de me communiquer une première version de Comme un arbre penché, et je lui avais écrit en retour à peu près ceci : "j'y lis (comme toujours chez toi, mais ça me touche d'autant plus ici à cause de la dédicace à Emeric) beaucoup d'amitié, d'amour, de tendresse, de compassion et une grande sensibilité mêlée d'humour, humanisant la gravité, l'extrémisme, de la situation. J'y reconnais l'étroite connivence avec l'Ami, et plein de choses liées, dont je peux relever quelques signes pudiques ou traces mais à travers un mélange de fiction et de réalité et de transpositions par personnages interposés... Le contraste entre la parole volubile de l'un (par désir d'aider, de détendre l'atmosphère, de soulager la détresse..), et le silence de l'autre en face n'empêchent pas qu'ils se comprennent et se portent mutuellement.
Une sorte de théâtrothérapie...
Me reste à souhaiter que ta pièce sera jouée un de ces jours..."

*

Or, un an et trois mois plus tard, ce souhait se réalise, c'est un évènement : la pièce de Lilian est créée le 21 janvier 2014 dans un grand théâtre parisien : le Théâtre La Bruyère . Succès immédiat ! C'est parti pour plus d'une centaine de représentations !

affiche comme arbre penché

Comme un arbre penché

de Lilian LLOYD sur une idée de Michel LEEB

"Mise en scène Jean-Luc TARDIEU Décor Pierre-Yves LEPRINCE Costumes Virginie HOUDINIERE Lumières Jacques ROUVEYROLLIS
avec Francis PERRIN, Gersende PERRIN et Patrick BENTLEY
Douze ans après une dispute, un accident réunit Louis et Philippe, amis d’enfance. Sauront-ils alors se retrouver, tout se dire sur leur amitié, leurs amours et partager bien des rires ?… Une pièce sensible, pleine d’humour et d’émotions."

http://www.theatrelabruyere.com/spectacles/arbre.php

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http://www.billetreduc.com/104046/evt.htm

http://www.billetreduc.com/104046/evtcrit.htm 

 


 

Extrait :

Je suis comme un saule pleureur

 

"Au fond, ça te va bien le saule pleureur. Tu protèges tout le monde, comme lui."

(...)

Tu vois dehors ? De là où t’es ? (il s’y place) Non, tu vois pas. (Il revient à la fenêtre) Y’a beaucoup d’arbres. Je suis sûr que ça te plairait. Surtout celui-là. Un saule pleureur. C’est toujours ton arbre préféré le saule pleureur, hein ?"

 


 

En attendant... mercredi...

Quelques pensées saulaires en forme je me souviens

 

Lilian, j'irai très bientôt voir ta pièce même si je dois osciller "sous les ris sous les pleurs".

En attendant ce jour, j'ai peint une aquarelle cet après-midi en pensant très fort à ta pièce et Aux arbres penchés d'Emeric (livre dédié "à ceux qui riaient face au vent").

 

   

AAP CAP et aquarelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Je me souviens qu'Emeric avait écrit, antérieurement Aux arbres penchés, un poème adressé à un saule plus danseur que pleureur.

"Renonce à tes racines
Saule

Et danse au soleil

*

Le bleu
Qui résiste

Aux bourrasques des cimes

Exerce tes sens
Au sublime

*

Renonce et danse
Et pense
Aux racines."

(Emeric de Monteynard, Dans ce tremblé des dires, 2003, épuisé)

 


Je me souviens du poème "Le saule" d'Anna Akhmatova, cité ici comme un écho personnel et fortuit, au sujet même de Comme un arbre penché puisque Louis dit adieu à la fin à son ami Philippe en l'appellant "Vieux frère"... 

"J'aimais la bardane et l'ortie,
Et plus que tout le saule d'argent.
En reconnaissance il a vécu
 Avec moi toujours, ses branches en pleurs
 Semaient des rêves sur mes insomnies."
C'est étrange ! Je lui ai survécu.
Voici la souche ; les autres saules
Parlent aujourd'hui avec d'autres voix
Sous notre ciel, sous d'autres cieux.
Je me tais... On dirait que mon frère est mort."


(Anna Akhmatova, "Le saule", dans Requiem,
Poème sans héros et autres poèmes, op. cit., p. 184)

Lire ce poème en ligne 

 


 

Mais je ne veux pas finir sur une note triste... Je me souviens que dans la pièce de Beckett, Estragon et Vladimir attendent Godot, devant un arbre ressemblant à un saule...

"ESTRAGON. – Allons-nous-en.
VLADIMIR. – On ne peut pas.
ESTRAGON. – Pourquoi ?
VLADIMIR. – On attend Godot.
ESTRAGON. – C’est vrai. Tu es sûr que c’est ici ?
VLADIMIR. – Quoi ?
ESTRAGON. – Qu’il faut attendre.
VLADIMIR. – Il a dit devant l’arbre. (Ils regardent l’arbre.) Tu en vois d’autres ?
ESTRAGON. – Qu’est –ce que c’est ?
VLADIMIR. – On dirait un saule.
ESTRAGON. – Où sont les feuilles ?
VLADIMIR. – Il doit être mort.
ESTRAGON. – Finis les pleurs."
 Samuel Beckett, En attendant Godot (pdf en ligne)

 


Je me souviens que Lilian Lloyd fait allusion à cette pièce de Beckett dans Une poussière dans l'oeil (Eclats d'encre, 2006) : "Une femme, elle attend Godot comme tout le monde... elle attend d'être enfin heureuse... Une femme, ça attend... et ça espère..."

 


Je me souviens de cette belle pensée de Jules Renard, qui s'applique à l'oeuvre de Lilian comme à celle d'Emeric : 

 "Il faut que l'œuvre naisse et croisse comme l'arbre. Il n'y a pas, dans l'air, de règles, de lignes invisibles où viendront s'appliquer exactement les branches : l'arbre sort tout entier du germe qui le contenait, et il se développe à l'air libre, librement. " (Jules Renard, Journal, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1011. Ou lire en ligne )


MERCI ET BRAVO LILIAN ET EMERIC,
hommes-arbres et frères dans le grand "théâtre-poème" qu'est la Vie. 

 

Nathalie (ex Erica) Cousin

 15-16.02.14