Je voudrais fêter aujourd'hui, à ma manière, le cinquantième anniversaire de la mort de Gaston Bachelard survenue à Paris, le 16 octobre 1962.

De la philatélie...

Mon père, qui a fait toute sa carrière dans les PTT, dont plusieurs années au service de la philatélie, me disait, il y a à peine quelques jours, que Bachelard avait travaillé aux Postes et Télégraphes  lorsqu'il était jeune avant de devenir le philosophe que l'on sait (1). Peut-être existe-t-il un timbre sur lui ?  Fort possible en effet.

Je regardai sur Google et découvris en effet un timbre datant de 1984, créé à l'occasion du centenaire de la naissance de Bachelard, à Bar-sur-Aube, le 27 juin 1884. 

 

bachelard timbre 2330

 

 

 

 

 

Source image

Avis aux amateurs : ce timbre porte le numéro de catalogue Yvert et Tellier 2330, dans une série de six timbres consacrés à des personnages célèbres (les autres étant Emile Littré, Jean Zay, Pierre Corneille, Jean Paulhan, Evariste Galois).

(1) cf. article Wikipedia :

  • 1903 à 1905 : Surnuméraire des Postes et Télégraphes à Remiremont.
  • 1906 à 1907 : Service militaire comme cavalier télégraphiste au 12e Régiment de Dragons de Pont-à-Mousson.
  • 1907 à 1913 : Commis des Postes et Télégraphes à Paris, (bureau de la gare de l'Est).


... à la poésie

Mais pourquoi parlions-nous ainsi de Bachelard avec mon père ? Tout est venu de la poésie, de mon  principal livre de chevet et de rêverie, Ce qui, la nuit d'Emeric de Monteynard. Nous parlions des quatre éléments, thèmes essentiels chez lui et inspirés visiblement, du moins en partie, de Bachelard. Ce n'est pas un hasard si Emeric lui a dédié l'un de ses poèmes, « Suffit-il de brûler » faisant implicitement référence à La flamme d'une chandelle (2). 

Pour aller plus loin, je voudrais ajouter qu'Emeric a choisi pour seule illustration de son recueil une encre de Madeline Deriaz, artiste suisse résidant au Québec, très intéressée par les rapports entre les arts, notamment la poésie, mais aussi la musique. Sa démarche créative inclut, dit-elle, « une recherche picturale sur les quatre éléments ».

J'entrevois que là pourrait se situer le point de départ de bien d'autres recherches au confluent des arts et de nombreuses autres disciplines et sciences, notamment à travers les représentations de l'imaginaire (3)... Mais qu'en aurait pensé notre « rêveur de chandelle », Bachelard ?

« Si nous avons eu scrupule d'éviter toute déviation du côté des recherches pseudo-scientifiques, nous avons bien souvent été attiré par des pensées en fragments, par des pensées qui ne prouvent pas, mais qui, en des affirmations rapides, donnent à la rêverie des impulsions sans pareille. Alors c'est - non pas la science - mais la philosophie qui rêve (4)»

Pour moi, ces rêveries autour du lire-écrire et ces « pensées en fragments », (rejoignant ici Pascal Quignard dans un style différent), me paraissent actuellement une des façons possibles, parmi les plus enrichissantes, d'avancer peu à peu, « par clartés successives »  (Saint Bernard), dans Ce qui, la nuit quitte à étendre à d'autres poèmes, d'autres poètes aussi peut-être.

 


 

(2) Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle, Paris, Presses Universitaires de France, Quadrige, cop. 1961, rééd. 1996, 112 p. 13-14.

(3) Voir par exemple : Cahiers Gaston Bachelard, n° 12, Sciences, imaginaire, représentation : le bachelardisme aujourd'hui, Dijon, Centre Georges Chevrier, Centre Gaston Bachelard, 2012, 409 p.

(4) La flamme d'une chandelle, op. cit., p. 13-14.

 


 

Rêverie poétique avec Emeric de Monteynard


Suffit-il de brûler

Tendu
Sur un axe,

Pour tenter,
Dans l’éveil,

D’établir la durée ?


Pour pouvoir
Soutenir

Le regard
Immobile

De la lune au matin ?

-

Suffit-il de brûler
Et d’en déduire
Une force,

Pour caler l’infini
Dans l’espace des morts ?
 

Pour susciter des lueurs
Des essences ou des choses,

Autour desquelles,
Enfin,

Me déployer ?

-

Suffit-il de brûler

Pour penser pouvoir
Éradiquer la peur

Et vaincre
Sur le fil

L’immensité qui
M’encombre ?

-

Suffit-il de brûler

Voler de l’air vif
Et trembler
Devant le vent,

Pour hisser haut
L’ardeur,

 

Pour être
Et bouger juste,

Donner corps à l’éclat ?

-

Ou
S’agit-il de brûler,

De fuser
Sans un cri


Et de s’éteindre un soir,
Accolé à un point,

S’excusant
De n’avoir pu

Rien dire ?



en hommage à Gaston Bachelard

extrait de : Emeric de Monteynard, Ce qui, la nuit,

Amay, L'Arbre à paroles, 2012

(reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Avec tous mes remerciements)


Nathalie Erica Cousin 

16.10.2012.
(à suivre ?...)