Pour Éric Humbertclaude, l’auteur n’existe pas. Cependant, Joue, je pense à toi est probablement son poème (ou son récit en prose poétique) le plus intime et le plus émouvant. Peu importe, pour le lecteur, de savoir si l’histoire sous-jacente, est réelle, fictive ou un mélange des deux. Sa vérité est ailleurs. Dans la fragmentation du récit, dans les mots, dans les lettres de l'alphabet. De la lettre A à la lettre Z, "Les registres de la solitude entrelaceront l'amour et la violence".  

De l'histoire, que savons-nous ou devinons-nous ?  Il est question de jeux entre un bébé et son "oncle à la barbe violette".  On se lance un cerceau, une balle, un anneau, on lance des lettres et des mots, on jongle avec l'abécédaire. Insouciance et légèreté du monde de l'enfance. « Jouons, les choses sont forcément lourdes pour qui tente de les porter ou de les soulever ». Des notes sur le « journal du silence » ou pour une « composition bruissante de musique ».

Des bribes, entrelacées de pages blanches au verso, de silence et de non-dit, qui se nouent soudain autour d'un drame indicible.

Les lettres rebondissent (est-ce le symbole d'une possible résilience ?) comme des balles d’une page à l’autre, d'un point à un autre, sur de petits diagrammes. Que représentent-ils, en abscisse, en ordonnée ? Une composition musicale sur une portée de 3 lignes et 8 mesures ? On peut s’amuser à relier ces points comme dans le jeu du labyrinthe. 

24 points pour 26 lettres : il faudra trouver quelques astucieux subterfuges pour résoudre le hiatus et grâce à de subtils arrangements et divers procédés lettristes et signes typographiques, faire à partir de cet abécédaire un tel récit-poème elliptique et dense.

A la fin, le texte barré, inachevé, disparaît derrière la trame, le filigrane. Au verso, la dernière lettre et le dernier mot apparaissent, dernier acte avant le retour au silence.

"C'est du silence que sont extraits les mots, écrit Henry Miller, et c'est au silence qu'ils retournent si on en fait bon usage." "Par la musique, au lieu de chercher l'indulgence, on trouve la légèreté. Ainsi la vraie musique se trouve entre les notes et il arrive, mystérieusement, qu'une mélodie demeure une fois qu'elle s'est tue." (Raphaël Enthoven, L'endroit du décor, Gallimard, l'Infini, 2009).

humbertclaude joue

Éric Humbertclaude Joue, je pense à toi, L'Harmattan, collection Accent tonique - poésie, 2011, 50 p. Illustration de couverture de Nelly Chichlakova.
ISBN 978-2-296-55242-5.

 

2 versions disponibles : version papier ou version numérique (e-book)

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Insolite et original comme tous les livres d'Éric Humbertclaude.  A découvrir.

Érica, 5 mai 2012.

pour l'anniversaire d'Éric Humbertclaude.

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