"Aimer quelqu'un, ce n'est pas forcément être avec lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre, partager toutes ses idées et tous ses sentiments. S'il est vrai que l'amour est une affaire de rapprochement entre deux êtres, il a aussi besoin d'une distance, qui permet ensuite de se rapprocher. Surmonter la distance n'est pas un mal nécessaire, c'est une composante essentielle de l'amour."

(Richard David Precht, Amour : déconstruction d'un sentiment, trad. de l'allemand par Pierre Deshusses, Belfond, 2011, p. 261-262)

 

Le chapitre 9 "Le travail sur le destin : Aimer est-il un art" parle d'Erich Fromm et critique son Art d'aimer, "le livre sur l'amour qui s'est le plus vendu dans le monde." Richard David Precht passe en revue plusieurs autres auteurs ayant écrit sur le sujet parmi lesquels Peter Lauster, auteur de L'amour : psychologie d'un phénomène. Lauster affirme que l'amour est "un regard exempt de désir" tandis que Richard David Precht réfute cette thèse qui selon lui est une totale invention. Pour Lauster, l'amour étant "fondamentalement désordonné, il doit acquérir de l'ordre" alors que pour Richard David Precht, le désordre est inhérent à l'amour...

"Ce que nous cherchons en effet dans l'amour, c'est la proximité et la distance, la compréhension intuitive et des espaces de repli, la douceur et la dureté, le pouvoir et l'abandon, la sainte et la putain, le prédateur et le bon père de famille. Et parfois pas à la suite mais en même temps, dans un mélange où il est difficile de faire la part des choses.

Nous ne cherchons pas seulement un partenaire qui nous veut toujours tout le bien du monde. Nous ne voulons pas un ministre du culte, un thérapeute ou un quelconque médecin de l'âme, mais une vraie personne à laquelle nous pouvons nous frotter et nous confronter."

(Richard David Precht, Amour : déconstruction d'un sentiment, p. 260.)