31 décembre 2007
LA FACE CACHÉE DE L'ALMANACH : introduction à l'épagomène III
La face cachée de L’Almanach d’Éric :
Introduction à l’épagomène III
Certes, un cheminement on ne peut plus personnel m’a conduite « de l’horizon d’un seul à l’horizon de tous » pour reprendre l’expression de Paul Éluard. Mais ne serait-ce pas plutôt l’inverse : « de l’horizon de tous à l’horizon d’un seul » qui aurait motivé en secret ma démarche ainsi qu’en ont fait l’hypothèse avec un don de seconde vue étonnant Éric Chevillard1 et Éric Jacob2 ?
Un Jour blanc pour une clé d’or ouvrant toutes les portes ? Et si le monde multiple des Érics n’était pas clos sur lui-même mais ouvrait un passage vers une autre rive ? En d’autres termes, si ce livre renvoyait, à l’extrême limite, à un autre prénom - et aussi à quelqu’un - qui aurait exercé sur moi un énigmatique pouvoir de fascination ?
Il suffit d’un signe pour reconnaître ce « moment décisif qui, fatalement, irrémédiablement, infléchit le cours du futur en nous faisant prendre un chemin auquel nous n’étions pas préparés1. » Pour moi, ce moment décisif fut donné par la rencontre le 8 octobre 2002 avec un poète qui ne s’appelle pas Éric mais… Émeric.
Dès lors, sa présence dans cet almanach m’est vite apparue indispensable, sans quoi il aurait manqué un élément essentiel à ma quête. C’est pourquoi j’ai tenu, à ce que ce seul Émeric fasse ici figure d’exception et qu’il occupe une place soit correspondante à sa date de naissance, soit à la fin de l’almanach comme le premier Éric (épagomène I) débutait celui-là. Afin de trouver le compromis et l’équilibre les plus satisfaisants possibles, j’ai choisi en définitive de lui consacrer ces dernières pages, à la périphérie de l’almanach, en hors-temps ou 3e jour blanc (épagomène III).
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1. Éric Chevillard, e-mail du 18.06.07. 2. Éric Jacob, e-mails des 12 et 13.08.2007. 3. Félix Azúa, L’heure du choix, trad. de l’espagnol par Eric Beaumatin, Paris, Éd. du Seuil, 2004, p. 11.
dernière maj : 28.11.07
« Car il n'y a rien de caché qui ne doive se découvrir,
rien de secret qui ne doive être connu. »
(Évangile selon St Mathieu, X)
« Je suis dans l’almanach ce qui échappe
à l’almanach, et la chance de métamorphose
du désastre, du trauma, dit la trace. »
(Claire Fourier, La Trace, Paris,
Bartillat, 1999, p. 79).
EN MARGE DE L'ALMANACH D'ÉRIC : ÉPAGOMENE III
« Écrire, c’est brûler1. » |
Épagomène III |
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« Laisse-moi devenir un point dans ta vie : une trace, un repère. Que tu puisses aller vers... approcher. Où tu puisses trouver... puiser si besoin. Quelque chose qui t’attire, qui t’aide et qui t’apporte. » (Le Petit homme qui brûlait, Lettre deux)
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Émeric de Monteynard a été initié très jeune à la littérature et à la poésie en particulier grâce à l’un de ses professeurs de français, Joseph Pérard, ami de Max Jacob. Plus tard, il a découvert entre autres les univers de Jean Tortel, Jean Follain, Bachelard… En 1992, il a fait la connaissance de Guillevic avec qui il s’est lié. Nourri de ses lectures et rencontres, Émeric de Monteynard a évolué cependant d’une façon différente et toute personnelle. Il a publié, en 2001, un roman épistolaire, Le Petit homme qui brûlait, dans lequel un homme adresse à une femme quarante lettres. Celles-ci retracent en filigrane l’histoire de leur amour qui se termine par une rupture ; le ton est sincère, brûlant : « Je sais que je t’offre, avec cet amour, quelque chose d’un peu lourd à porter et complexe à gérer... difficile à admettre. Peut-être impossible à construire. J’ai envie pourtant de crier, de brûler, de hurler cet amour... de rayonner avec toi et pour le monde entier2.» La même année, paraît le premier recueil de poèmes d’Émeric de Monteynard, Aimer le dire, aux éditions Éclats d’encre. Au départ, il s’agissait d’une lettre pour ses enfants. Aimer « C’est se taire / Et surtout / Ne pas dire. Une grâce. » mais aussi « Aimer / C’est le dire / Etre / Et s’engager ». Après Aimer le dire, trois autres recueils se succèdent toujours aux éditions Éclats d’encre dirigées par Sandrine Fay : Concéder l'or et le bleu, (2002), Dans ce tremblé des dires (2003), Toucher les doigts du sourcier (2004). De l’un à l’autre, le poète affirme son style et son talent, donne à son langage une profondeur, une cohérence et une unité remarquables. Des poèmes souvent assez courts, denses, « des mots choisis, humbles et très communs, pour toucher l’homme, par tous ses sens à la fois. Des mots simplement posés sur le silence, comme sur un écrin… » …/… La mise en page, les blancs, les silences donnent de l’espace. Les questions « ouvrent » plus que les réponses, invitent à aller plus loin. Le poète accorde aussi beaucoup d’importance au rythme, à la musique des mots, aux souffles et aux intensités. Il veille à ce que les mots s’accordent et « sonnent ce qu’ils disent ». Il préfère les verbes, qui permettent d’avancer, aux adjectifs. Il travaille longuement ses textes, les lit à haute voix, assemble et pèse les mots un à un comme s’il les prenait dans la main, « un peu à la manière d’un artisan ou d’un sculpteur ». Poète-sourcier, il évoque la nature (la mer, le désert, les pierres, les arbres…), les éléments, la lumière, le silence, le temps, l’amour, l’homme, la vie et la mort… Il cherche à saisir « l’essence des choses », prend le temps d’écouter, de contempler. Sa poésie qui allie beauté et justesse, sensualité et spiritualité, peut se lire comme une prière : elle relie, « unit, dans une sorte d’absolu, le visible et l’invisible5 ». Aux arbres penchés, publié aux éditions prédestinées de l’Arbre à paroles en 2006, est un peu différent des autres recueils par l’écriture, mais tout aussi sensible dans la façon d’aborder de façon originale et renouvelée les rapports entre l’homme et l’arbre. Émeric de Monteynard a reçu pour ce recueil le Prix Amélie Murat le 9 juin 2008 à Clermont-Ferrand. Émeric de Monteynard touche aussi bien ses lecteurs que d’autres poètes et artistes : outre Xavier, qui a illustré Aux arbres penchés, la peintre sculpteur Katia Casellas-Clerté a réalisé une série d’œuvres en écho à Concéder l'or et le bleu. Christophe Vidal, compositeur, a mis en musique neuf poèmes dans un cycle de mélodies intitulé Cheminement. Au théâtre, Lilian Lloyd, parmi d’autres clins d’œil, lui a dédié notamment sa pièce L’homme qui courait sur les récifs (Éclats d'encre, 2005).
Publications : Poésie : Toucher les doigts du sourcier, Éclats d'encre, 2004. Dans ce tremblé des dires, Éclats d'encre, 2003. Concéder l'or et le bleu, Éclats d'encre, 2002. Aimer, le dire, Éclats d'encre, 2001, 2e éd. 2003. Roman : Le Petit homme qui brûlait, Martel, Éd. du Laquet, 2001. (14, rue Gambetta, 78600 Mesnil-le-Roi. Tél. : 01 34 93 40 71 Editions@Eclatsdencre.com). Aux arbres penchés, ill. de Xavier, Amay, L’Arbre à paroles, 2006. (Maison de la poésie d’Amay, 50 Grand-Route, BP 12 – B 4540-Amay. editions@maisondelapoesie.com) Publications en revue : L’Arbre à paroles, Mot à Maux, In-fusion. Sites Internet : http://www.Eclatsd'encre.com ; http://www.maisondelapoesie.com ; http://www.francopolis.net ; http://ouvreboite2.free.fr ; http://printempsdespoetes.com ; http://terreaciel.free.fr ; http://wwwmotamaux.hautefort.comwww.Eclatsdencre.com | ||||
1. Dédicace personnelle à Dans ce tremblé des dires.2. Le Petit homme qui brûlait, lettre cinq, p. 18. 5. Cf. Conférence Animagis, mercredi 8 juin 2005. Photo NC, 2004. Tous poèmes et extraits suivants reproduits avec les aimables autorisations de l’auteur, de Sandrine Fay (Éclats d’encre), Cathy Lebrun et David Giannoni (L’Arbre à paroles). Avec mes plus sincères remerciements. | |||||
tomber Quitter là-haut Le gotha Clos des comètes
En lumière
Un homme
A ses souffles la nuit
Voire à peine aperçu
(Dans ce tremblé des dires) |
en perce
Mon corps n’est que point Qui devient. * En perce Il expose, étend Cerne Il apprend. Il est l’eau le sel La chair et les os Mon corps Est corps Egal Il est feu. * Il cogne Désassemble Geste Par geste Mais si Vide Enfin vif et rebelle Je me mue Astre A vos yeux S’il s’avère Qu’un jour Je sois C’est vous seuls Stupéfaits C’est vous, qui saurez.
(Dans ce tremblé des dires) |
source
Qui cède l’eau A la source Et qui rend si secret Ce point Que sait la chair En elle Et tait ? Qui Tant me garde de conclure Et me dit De céder ? (Dans ce tremblé des dires) |
soleil
Plus l’ombre est dense Et danse à tes pieds Plus tu touches au but Et te sais du soleil. (Toucher les doigts du sourcier) |
Poème lu par Émeric de Monteynard : Desert
(Extr. de Toucher les doigts du sourcier)
dernière maj : 23.06.08
ALMANACH D'ÉRIC : CONCLUSION
Conclusion
Émerger en lumière
La présence inattendue dans cet Almanach, pour ne pas dire « incongrue », aux yeux de certains, et en premier lieu d’Émeric de Monteynard, d’un Émeric parmi tous ces Érics, ne risque-t-elle pas d’affaiblir le projet d’ensemble ? Ne lui confère-t-elle pas au contraire plus de force, un peu à la manière d’une clé de voûte ? Chacun est libre d’interpréter les choses à sa façon. Je tenterai de défendre ma propre interprétation en conclusion de cet almanach. Tout d’abord, je m’interrogerai sur les correspondances phonétiques, étymologiques, sémantiques, alchimiques, etc. (tous ces rapports étant souvent imbriqués les uns dans les autres) entre les deux prénoms phares. Je laisserai ensuite parler mon imaginaire symbolique en m’en tenant toujours à l’axe Éric / Émeric. J’emprunterai enfin à l’astronomie une métaphore qui me semble pertinente pour ouvrir et éclairer mon point de vue sur le sens profond de ma démarche, c’est-à-dire de ma quête, aussi chimérique soit-elle.
I. Correspondances phonétiques, sémantiques, étymologiques, alchimiques
Le rapport d’Éric à Émeric se lit au niveau phonétique dans le jeu de miroir de leurs lettres et syllabes conjuguées. Remarquons pour commencer que ressortent dans les deux prénoms les voyelles fermées é et i (autrefois appelées « hautes » selon la position du dos de la langue plus élevé vers le palais) sont les plus claires et les plus aiguës car elles sont dans la zone formantique des fréquences les plus élevées du triangle vocalique[1].
Sur le plan sémantique, Émeric non seulement inclut Éric mais instaure un sens fort en y adjoignant le verbe aimer, ce qu’a bien mis en évidence Éric Chevillard[2] : « (j')Emeric, (j')aime Eric». (Parmi les variantes orthographiques d’Émeric, la graphie Aimeric ou Aymeric avec è ouvert aurait été plus proche de aime mais le é fermé de Éric aurait été perdu…)
Selon Éric Nataf « dans Émeric il y a le “m” [“aime”, “Em”]” de “amour ”. Il est beaucoup moins dur, moins en rupture qu’Éric, du fait de ses trois syllabes. Il garde le dynamisme d’Éric, l’amour, la douceur en plus[3]. » Mais l’amour (έρος) n’est-il pas déjà présent en germe dans Éric ?
J’aime penser que dans Émeric, sans avoir forcément de racine étymologique commune, il y ait la sonorité « émér(i) » comme dans le mot grec Hêméra (ήμέρα ou ήμερiα), le jour, qui a donné éphéméride, hémérologie, hémérologique[4]…
Je donne la parole à Richard Khaitzine qui propose une interprétation « alchmique » ou ésotérique des mots à partir de la racine de leurs lettres elles-mêmes :
« Il existe un autre moyen, hormis l'étymologie classique, permettant de tirer l'essence des mots ; et cela vaut pour les prénoms. Les consonnes forment l'ossature du langage et les voyelles servent à animer, à donner vie aux mots. Cela se constate dans les langues sémitiques où seules existent les consonnes, les voyelles étant permutantes et changeant, en fonction de celles qui sont utilisées, le sens de la racine construite sur des consonnes. On en retrouve des exemples parlants en français. Le même exercice s'applique aux prénoms, ainsi pour ERIC :
E ou hé: l'énergie vitale.
R: en grec Rho : la chaleur lumineuse.
I: c'est l'aile de l'oiseau en hébreu, cette lettre marque l'expansion l'élévation ; c’est la toute puissance manifestée, la manifestation potentielle.
C: en grec khi : la lumière, la clarté lumineuse. Il est intéressant de noter que le C affecte la forme d'un croissant lunaire.
Eric, signifie donc " la manifestation de l'énergie vitale sous forme de clarté et de chaleur lumineuses."
C'est la descente de l'esprit créant la matière, l'établissant. L'étymologie « roi puissant » est également correcte puisque les rois étaient censés être établis de droit divin, donc par une force venant du ciel, d'en haut. »
Quant à ma question : « quelle serait, selon vous, la signification du prénom Émeric par rapport à Éric ? qu'apporte la lettre M ou la syllabe Em ? », voici la réponse de Richard Khaitzine :
« Le " M" c'est la femme, la mère, la compagne, par extension la lune mère des formes, tout ce qui est fécond, c'est l'action extérieure et passive, c'est le mouvement par lequel un nom ou une action sont pris pour moyen, pour instrument.
Mais la racine " Hem " ou " em " c'est le travail, l'effort, l'activité extérieure, la chaleur résultant du mouvement créant la chaleur, la chaleur solaire. Par suite Émeric possède la même signification qu'Éric en plus complète puisque la lumière est luno-solaire[5]. »
II. Sens symbolique profond
Après ces considérations générales sur les ressemblances et différences phonétiques, sémantiques étymologiques et alchimiques entre Éric et Émeric, voici l’approche symbolique que je donne personnellement à ces deux prénoms dans le cadre de mon projet.
D’Éric en Émeric, j’ai longtemps cru déceler dans les deux prénoms le symbole du dieu Janus, « le dieu des transitions et des passages, marquant l’évolution du passé à l’avenir, d’un état à un autre, d’une vision à une autre, d’un univers à un autre, dieu des portes[6]... »
Mais cette interprétation a l’inconvénient de fusionner en une seule entité Éric et Émeric alors qu’il s’agit bien de deux personnes distinctes ; plus proche de la vérité serait d’énoncer : « deux hommes face de Janus ne semblaient pas devoir se ressembler et tous deux troublent au fond de nous ce qui est le plus trouble et le plus phosphorescent.[7] »
Dans cette évolution du passage de l’un à l’autre, j’ai fait mienne cette pensée de René Char : « il faut deux rivages à la vérité : l’un pour notre aller, l’autre pour son retour. Des chemins qui boivent leurs brouillards[8]. »
Très schématiquement, le trajet parcouru dans l’almanach pourrait se résumer par cette « formule » :
A « l’aller » : « de l’horizon d’un seul à l’horizon de tous » 1 seul Éric → tous les Érics
Au « retour » : « de l’horizon de tous à l’horizon d’un seul » : → tous les Érics → 1 seul Émeric.
*
Chercheuse d’or longtemps partagée entre Éric et Émeric, bloquée par ce dilemme jusqu’au vertige, à l’obsession, j’avais cru trouver un filon, une « résolvante » analogique, grâce à la Symphonie du Nouveau monde de Dvořák, particulièrement dans le 4e et dernier mouvement Allegro con fuoco en mi mineur. La musique est censée évoquer tantôt la lointaine patrie originelle, tantôt l’Amérique. Or, « dans le final, tout va vers l’apogée dans un lumineux mi majeur. La fin, à elle seule, est cependant unique en son genre : la symphonie n’est pas terminée par un fortissimo à effet mais, au contraire, par un accord final affaibli jusqu’à un “ ppp ” [pianississimo]. Comme si le cœur plein d’amour, le compositeur embrassait le monde entier – et non seulement le “ Nouveau Monde ” mais aussi le “ Vieux ” où se trouve sa patrie.[9]»
L’almanach se termine comme un ultime bourgeon de lumière, analogue pour moi à l’accord final de la symphonie de Dvořák. J’emprunte à dessein cette expression au nom d’une installation monumentale in-situ de Dimitri Parimeros et Laurent Prat réalisée « en fibres optiques en partition de sonorités lumineuses[10] ». Les couleurs dominantes y sont l’or et le bleu[11] sur fond noir.
*
Éric et Émeric : lumière solaire et/ou lunaire, Nouveau Monde et Ancien Monde, allusion à Janus, rivages aller et retour, toutes ces images et symboles ont en commun le thème du double et de la synthèse des contraires.
Dans cette perspective, leurs deux univers ne s’opposent plus, l’un ne supplante pas l’autre ni ne l’affaiblit, mais ils renvoient sans cesse l’un à l’autre et s’éclairent mutuellement.
Pour moi, Éric et Émeric, tous deux ensemble, donnent à l’almanach, son sens profond et son unité multiple selon la définition de la complexité énoncée par Edgar Morin - « où des éléments hétérogènes, le plus souvent contraires, antagonistes même, loin de se repousser, s’associent de façon complémentaire pour être intégrés dans une totalité, au sein de laquelle ils gardent malgré tout leur caractère distinct.[12]»
Le monde des Érics est pour moi semblable à une galaxie ou encore à une constellation. Comme l’a très bien perçu Laure Limongi dans je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle jacques :
« Une constellation est une histoire avec tous ses personnages. Scintillants, déjà morts, en super nova… Et combien d’années-lumière ? Mythologie variable selon l’hémisphère choisi. Nord ou Sud. Tout tourne. Sans précipitation. Tout tourne autour d’un axe. L’observation change selon la période. L’angle de vue. Le support, ici, est à considérer comme un vaisseau.
Une vie est une constellation, une vie est un système. Un glossaire, un album, le tracé d’une ellipse. La cohérence n’y est pas une notion majeure même si tout y tourne autour d’un axe. Juste des tonalités intermédiaires. Une vie a des résonances variables selon l’angle de vue choisi, le trajet[13]. »
Rejoignant cette idée de constellation, j’ai pensé que l’almanach était une sorte de télescope grâce auquel j’ai tenté de mieux approcher, et si possible mieux connaître, un certain nombre d’étoiles ; dans un monde instable, en expansion infinie, j’ai vu dans la lentille de mon télescope géant naître sans cesse de nouvelles images d’étoiles-Éric que j’ai « almanagraphiées » comme Éric Aristidi a « coronographiées » ses images d’étoiles vues de l’Antarctique[14].
L’apparition d’un Émeric à la fin de l’almanach, correspond sans nul doute dans mon imaginaire symbolique personnel à la découverte d’un « nouvel astre ». Ma représentation du monde (Weltanschauung) a donné plus exactement donné lieu à la reconnaissance d’une magnifique « étoile double » dont les deux « composantes » autrement dit Éric d’une part - considéré ici comme l’ensemble de tous les noms d’Érics - et Émeric d’autre part, gravitent sans cesse l’une autour de l’autre. Mais ici, à la différence des étoiles doubles physiques définies par l’astronomie, il n’y a pas une étoile plus « faible » que l’autre, si ce n’est numériquement. Je pense à José Saramago dans Tous les noms : « et c’était comme s’il les plaçait sur les plateaux d’une balance, cent d’un côté, une de l’autre, pour découvrir ensuite avec surprise que les cent tous ensemble ne pesaient pas plus qu’une personne, que cent était égal à un, qu’un valait autant que cent[15]. » Mes deux « astres », ont la même luminosité, le même éclat. Mais tout se passe comme si, dans la page de l’épagomène III, l'image du « compagnon » (à peine aperçue le 22 juillet dans les autres anniversaires) se formait sur une zone périphérique du masque : « comme si soudain elle avait plus d’importance que toutes les autres[16] ».
Entre parenthèses, à l’appui de cette métaphore astronomique, je suis de plus en plus frappée par l’abondance sémantique relative au ciel et aux étoiles dans les poèmes d’Émeric de Monteynard.
Qu'importe ce qu'on dit
quand un soleil s'effondre sous des amas de noir...
que la lune qui flotte, s'affuble d'étoiles
et l'allume - la mer - et la roule...[17]
Un poème comme en perce va d’ailleurs beaucoup plus loin que la simple métaphore puisqu’il annonce un possible changement d’état de l’être humain en astre :
Astre
A vos yeux
S’il s’avère
Qu’un jour
Je sois
C’est vous seuls
Stupéfaits
C’est vous, qui saurez.[18]
Oui, il était nécessaire qu’à la fin de l’Almanach, le temps s’ouvre, déborde, éclate et fasse émerger en lumière[19] un nouvel astre à l’horizon. Car pendant tout le temps d’élaboration de ce livre, soit de 2002 à 2007, en contrepoint à l’univers polyphonique d’Éric, Émeric de Monteynard m’a aidée, souvent malgré lui, à catalyser, féconder mon désir d’écrire. Au risque de m’y brûler, je me suis nourrie de ses mots et j’ai bu à sa source la sève, l’encre vive[20] qu’est sa poésie.
Sans Éric et sans Émeric ce Livre n’aurait jamais vu le jour. A chacun, un immense merci.
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[1] Guy Cornut, La voix, PUF, Que sais-je, n° 627, p. 31-33.
[2] 7. Éric Chevillard, e-mail du 18.06.07.
[3] Cf. Entretien avec Éric Nataf19/12, 18.06.03.
[4] « Calendrier hémérologique » : cf. Alain Arrault, « les premiers calendriers chinois du IIe siècle avant notre ère au Xe siècle », dans : Les calendriers : leurs enjeux dans l’espace et dans le temps, colloque de Cerisy, du 1er au 8 juillet 2000, sous la dir. de Jacques Le Goff, Jean Lefort et Perrine Mane, Paris, Somogy éditions d’art, 2002, p. 178-187
[5] Richard Khaitzine, e-mails, 11 et 12 septembre 2007.
[6] Cf. Jean Chevalier et Alain Cheerbrant, Dictionnaire des symboles…, éd. rev. et augm., Paris, R. Laffont, Jupiter, 1988, p. 530.
[7] Éric de Haulleville, Dénoûment, op. cit., p. 151.
[8] René Char, Pontonniers dans aromates chasseurs, La nuit talismatique qui brillait dans son cercle, Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 523.
[9] Antonin Dvořák, Symphonie du Nouveau monde, interpr. Orch. Philharmonique tchèque, dir. Karel Ancerl, pochette de disque [auteur du texte non indiqué], Supraphon, P 1964, 1970, ref. 25925.
[10] Cf. Exposition Paris, Mairie du Xe, fév.-mars 2007. (Citation : http://www.paris.fr/portail).
[11] Cf. Émeric de Monteynard, Concéder l’or et le bleu, op. cit.
[12] Cf. La complexité humaine, textes rassemblés avec Edgar Morin et présentés par Heinz Weinzmann, Flammarion, Champs / L’Essentiel, 1994, p. 12.
[13] Laure Limongi, je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle jacques, al dante, 2004, p. 6.
[14] Cf. Éric Aristidi19/12 : CORONA : « Le coronographe stellaire s'inspire du dispositif de Lyot, à ceci près que ce sont des étoiles que l'on observe (et non le Soleil). On cherche à atténuer la lumière provenant de l'étoile pour pouvoir observer d'éventuelles planètes ou compagnons faibles dans les alentours. », Cf. « Les expériences de l'hiver 2006 », http://pleiades.unice.fr/~aristidi/hivernage/
[15] Cf. José Saramago, Tous les noms, Paris, Ed. du Seuil, Points, p. 37-38.
[16] Id.
[17] le signe qu’on vole, Concéder l’or et le bleu.
[18] en perce, Dans ce tremblé des dires.
[19] Émeric de Monteynard, tomber, Dans ce tremblé des dires.
[20] Cf. Claire Fourier, La Trace, op. cit., p. 79.
Dernière maj 28.11.07
CITATION : JACQUES DERRIDA : L'AMITIE
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« Avoir un ami : le garder. Le suivre des yeux. Quand il n’est plus là, le voir encore et chercher à savoir ou à le lire.
Avoir un ami, le regarder, le suivre des yeux, l’admirer dans l’amitié.»
Jacques Derrida, Chaque fois unique, la fin du monde, Galilée, 2003. |
TABLE CHRONOLOGIQUE : 1er JANVIER - 31 DÉCEMBRE
NB. L'année 2007 sert de référence à L'Almanach d'Éric.
ÉPAGOMÈNE I. Éric [voir au 1er janvier 2007]
JANVIER
Schmid, Erich, 1er janvier
Paradisi, Éric, 2 janvier
Erik, personnage de Richard Wagner, DS 2 janvier
Neff, Erich von, 3 janvier [voir au 2 janvier ]
Marty, Éric, 3 janvier
Vu An, Eric, 3 janvier
Pessan, Éric, 3 janvier
Borg, Erik, 4 janvier
Schelin, Erik Bertil , 4 janvier
Schumann, Erich, 5 janvier
Russell, Eric, 6 janvier
Denimal, Éric, 7 janvier
Montbel, Éric, 8 janvier
Norby, Erik, 9 janvier
Puech, Eric, 10 janvier
Deckert, Hans Erik, 11 janvier
Geijer, Erik Gustaf, 12 janvier
Decamp, Erik, 12 janvier
Andersson, Tin Erik, 13 janvier
Étienne-Martin, Éric, 14 janvier
Tandundu, Eric A. Bisikisi, 14 janvier
Gallet, Éric, 15 janvier
Liddell, Eric, 16 janvier
Morize, Éric, 17 janvier
Erik, personnage de Stig Dagerman, DS 17 janvier
Conte, Éric, 18 janvier
Martimprey Éric de, 18 janvier
åkerberg, Erik, 19 janvier
Stewart, Eric, 20 janvier
Denut, Éric, 21 janvier
Thiou, Éric, 21 janvier
Apostel, Hans Erich, 22 janvier
Neumann, Erich, 23 janvier
Cousin, Éric, 24 janvier
Pelsy, Éric, 25 janvier
Prieto, Eric, 26 janvier
Boman, Karl-Erik, 26 janvier
Tanguy Éric, 27 janvier
Eydoux, 27 janvier
Hornung, Erik, 28 janvier
Planta, Éric de, 29 janvier
Le Braz, Éric, 29 janvier
Moulins-Beaufort, Éric de, 30 janvier
Lhomond, Eric von, personnage de Marguerite Yourcenar, DS 30 janvier
Nossack, Hans Erich, 31 janvier
Baudelaire, Éric, 31 janvier
FÉVRIER
Bouvelle, Eric, 1er février
Verpale, Eriek, 2 février
Teissèdre Éric, 3 février
Luter, Éric, 3 février
Leinsdorf, Erich, 4 février
Windrich, Erik, 5 février
Vandecasteele, Eric, 6 février
Giraud, Éric, 6 février
Bryggman, Erik, 7 février
Bell, Eric, 7 février
Godon, Éric, 7 février
Hadj, Éric, 8 février
Drygalski, Erich Dagobert von, 9 février
Allard, Éric, 10 février
Werenskiold, Erik, 11 février
Iversen, Erik, 11 février
Fagny, Éric, 11 février
Thomson, Erik, 12 février
Nordgren, Erik, 13 février

