« CВОБОДА ΕCТЪ CВОБОДА1. »

maj 29.02.08



Erik Boulatov

(Sverdlovsk, Russie, 5.09.1933) *

Peintre et dessinateur russe.

5

septembre

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Erik (Эрик) est un prénom rarement porté en Russie. Les parents d’Erik Boulatov (ou Bulatov) décidèrent de donner ce prénom à leur fils tant ils furent impressionnés par la pièce de Strindberg Erik XIV, interprétée par le meilleur et le plus célèbre acteur de l’époque, Mikhaïl Tchekhov2 (le neveu de Tchekhov), au théâtre russe de Stanislowski.

Erik Boulatov a reçu une éducation artistique et professionnelle très stricte. Les écoliers entraient à l’école artistique à douze ans après avoir passé un concours (dessin, peinture, composition) ; Ensuite, s’ils avaient réussi le concours, ils suivaient le programme artistique ainsi que le programme scolaire obligatoire pendant sept ans. Après l’école, en passant un autre concours, ils pouvaient poursuivre leurs études à l’Académie des Beaux-Arts pendant six ans. C’est pourquoi cette éducation professionnelle donnait une grande maîtrise. Après ses études, Erik Boulatov a commencé à travailler comme artiste peintre mais, refusant l’art officiel, il n’était jamais exposé en Russie malgré ses succès à l’école et toutes les expositions lui étaient fermées. En fait, sa première exposition a duré une heure et elle a été interdite. Il a continué à travailler en secret et il a gagné sa vie en Russie en faisant des illustrations de livres pour enfants. Cependant, à l’étranger, dès les années 70, en France, en Amérique, en Allemagne, on faisait des publications de ses travaux. La première revue qui a publié des photos de ses travaux fut L’art vivant (ca 1969-1970).

En 1988, la Kunsthalle de Zurich a organisé la première grande exposition personnelle d’Erik Boulatov qui a rencontré vraiment du succès. Elle fut suivie par beaucoup d’autres au Centre Pompidou la même année, à Londres, et dans quelques musées aux Etats-Unis, à Francfort, à Berlin, etc. A partir de 1989, Erik Boulatov a vécu aux Etats-Unis, à New York, en Espagne, en Allemagne avant de s’installer à Paris avec sa femme Natacha.

Du 20 septembre au 19 novembre 2006, Erik Boulatov a eu droit pour la première fois à Moscou à une grande rétrospective de plus de cent tableaux à la Galerie Tretyakov, le musée d’art russe le plus important du pays, pour le 150e anniversaire de celle-ci. Quelle plus belle revanche pour cet artiste désormais admis selon l’expression d’un critique « au panthéon des artistes nationaux » ?

A Paris, en 2007, un ensemble de tableaux d’Erik Boulatov est présenté au Musée d’Art moderne à l'occasion de l'exposition du photographe Rodtchenko, « La Révolution dans l'œil » (20 juin - 16 septembre 2007). Il s’agit de toiles appartenant (à l’exception de Fenêtre, 1998) à la série « Voilà » [BOT], dont les textes sont presque tous empruntés aux poète Vsevolod Nekrassov, ami intime de Boulatov. Avec cette série, Erik Boulatov veut réaliser la synthèse entre deux lignes principales de l’art russe, d’une part la ligne du XIXe avec le paysage et les œuvres figuratives qui privilégient la perspective et l’horizon3 et d’autre part, l’avant-garde des années 1920 avec le constructivisme4 et l’usage des lettres (que l’on retrouve dans l’art de l’affiche) qui intègrent les rapports complexes entre le mot et la réalité.

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Ж И В У- Β И Ж У

« Je vis, je vois »

La méthode de travail d’Erik est très élaborée : il prépare d’abord beaucoup de dessins pour trouver la construction de son tableau et ensuite il commence à dessiner sur la toile avec le crayon très précisément puis il commence avec l’huile. Les couleurs ont une symbolique forte, par exemple, le bleu symbolise la liberté et le rouge l’interdiction. Le noir et le blanc sont aussi très utilisés (tableau Soir noir, neige blanche, 2000, vers d’Alexandre Blok), ou encore le bleu et le blanc (tableaux J’y vais, L’eau a coulé, 2001). Pour Erik Boulatov les deux choses les plus importantes sont l’espace et la lumière. Pour que le spectateur puisse entrer dans l’espace d’un tableau, il faut qu’il ait la possibilité de traverser le premier plan qui est l’entrée dans le tableau ; si on ne peut pas traverser cette frontière, on ne peut pas entrer dans le tableau. (cf. tableaux Entrée, 1972 et Entrée – pas d’entrée, 1974-75). Pour Erik Boulatov, « il y a une frontière entre deux espaces. », « L’art est la porte qui passe de la réalité sociale à l’imaginaire5. » Dans les tableaux de la « période rouge », la couleur rouge de la surface pure renvoie à l’espace social et au réel par opposition à l’espace imaginaire mais lequel est le plus réel dans un tableau comme La Joconde entre les spectateurs en rouge au premier plan et le tableau de La Joconde à peine visible à l’arrière-plan tant il est caché par les spectateurs ? Dans Autoportrait (1968, Fondation Dina-Vierny, Musée Maillol, une des pièces maîtresses de l’exposition « Moi ! Autoportraits du XXe siècle », 2004), le visage au centre, lui-même dédoublé, semble se cacher derrière ou à l’intérieur du tableau de Magritte. Un tableau en cours d’Erik Boulatov représente dans la partie gauche Natalia de dos devant la fenêtre de son atelier parisien (la même que dans le tableau Fenêtre, 1998, cf supra) et dans la partie droite un paysage de forêt en Sologne. Au pull noir de Natalia au premier plan dans la partie de gauche, correspond un arrière plan sombre dans la partie droite. On pourrait appeler le tableau « le dedans et le dehors », « l’extérieur et l’intérieur » ou « ici et là-bas ». Dans tous les cas, il s’agit de dépasser l’espace du tableau pour l’élargir à celui du spectateur.

Liens : http://leblogderica.canalblog.com/archives/2008/02/28/index.html

  http://www.galeriepieceunique.com


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* 1. « La liberté est la liberté. » Notice en grande partie rédigée à partir de notre entretien avec Erik et Natacha Boulatov à Paris, mercredi 20 juin 2007. 2. A la fin des années 20, Mikhaïl Tchekhov a quitté la Russie pour travailler à Hollywood et créer en Amérique sa propre école.  3. Voir entre autres les peintres Alexeї Kondratievitch Savrassov, Fiodor Alexandrovitch Vassiliev, Ivan Ivanovitch Chichkine, (Cf.site http://www.virtualmuseum.ca/Exhibitions/Horizons/Fr/sel-a-116.html) On peut aussi citer le nom du peintre russe Isaak Levitan, plus important que Chichkine par exemple, selon Erik Boulatov. 4. Voir Jean-Claude Marcadé, L’avant-garde russe 1907-1927, Paris, Flammarion, 1995, 479 p. 5. Cf. Dina Vierny, Erik Boulatov, Bertrand Lorquin, Erik Boulatov, Paris, Réunion des Musées Nationaux, 1999, p. 38. Sincères remerciements à Erik et Natacha Boulatov.

Autres anniversaires : Otto Erich Deutsch (Vienne, 5.09.1883-Vienne, 23.11.1967)*, musicologue autrichien. (*NGDMM, 2001). Eric Hoeprich (Baltimore, Maryland, USA, 5.09.1955), clarinettiste américain.