« Qui frappe un oeil en fait jaillir les larmes,
et qui frappe le coeur en révèle les sentiments1. »


Eric Dupont

(Amqui, Gaspésie, Québec, 16.06.1970)*

Traducteur, enseignant, romancier québécois.

16

juin

168/198

Eric Dupont vit et travaille à Montréal depuis 2003. Il est né à Amqui en Gaspésie d'un père policier et d'une mère cuisinière. Son enfance sera marquée par de nombreux déménagements et par des métamorphoses fréquentes de sa cellule familiale. Enfant, ses parents le trouvent trop empâté et cachent ses livres pour l'encourager à jouer dehors. C'est à l'occasion d'un de ces attentats à la culture qu'il sera privé du dénouement des « Contes du chat perché » de Marcel Aymé. Vingt ans plus tard, il rachètera le livre et, après hésitation, décidera de ne pas le terminer. Essayer de garder le contrôle : voilà qui résume le personnage. Il n'y arrive que très rarement.

À seize ans, il s'embarque pour un an en Autriche où il se découvrira le don des langues et de grandes facilités d'adaptation. De son père il a hérité cette capacité d'aborder un pur étranger sans se soucier des convenances. Il résidera en trois ans en zone germanophone. Études à Salzbourg, Berlin, Ottawa et Toronto où il sera ensuite enseignant au secondaire. En 2001, pendant une canicule accablante qui le fait rêver des vents froids de la Gaspésie, il rédige Voleurs de sucre. Le court roman est remarqué par la critique et lui vaut le Prix Jovette-Bernier. Il rentre au Québec en 2003. La logeuse, son deuxième roman, paraît en 2005. Encore une fois, la critique lui réserve un accueil chaleureux. L'écriture d'Eric Dupont se fait remarquer par son imagination vive et par sa critique sociale d'un Québec moderne cristallisé dans ses vieilles querelles identitaires. Pour l'écrivain, rien n'est tabou. Dans la littérature, il dénonce par dessus tout la quête de la vraisemblance, le manque de fantaisie, le conformisme et l'obsession du moi typique de certaines productions de part et d'autre de l'Atlantique.

Il propose un univers où le fantastique et le réel se mélangent pour inviter le lecteur à explorer le continent de la folie et de l'imaginaire.

Eric Dupont aime la fiction. Au banquet de ses auteurs préférés, une place de choix est réservée à Marcel Aymé, bien sûr, Calvino, Jeanette Winterson, Kleist, Dürrenmatt, Michel Tremblay, Alain Mabanckou, Wilde et Zola. Le rire et le ridicule restent pour lui les carburants essentiels à son inspiration. C'est en marchant d'un bon pas dans les rues de Montréal en écoutant des musiques étranges qu'il trouve son inspiration. Il trouve dans cette ville schizophrène, stridente, malpolie et lumineuse un reflet de sa personnalité un peu difficile à suivre. « La logeuse » est d'ailleurs un produit de ses déambulations nocturnes dans Montréal : un tableau fauve et baroque où il ne faut pas se surprendre de trouver sous un même toit la Pucelle d'Orléans, une réincarnation de Rosa Luxemburg, une réfugiée du Gourouchistan et une Haïtienne qui enseigne la philosophie.

Ceux qui cherchent son alter ego dans ses romans pourront regarder du côté de la petite Rosa, jeune gaspésienne exilée dont la naïveté n'a d'égale que son désir de rencontrer l'Autre en ouvrant les bras. Notez que l'auteur clame haut et fort qu'il est possédé, au moins une demi-heure par jour, par l'esprit de la maléfique Jeanne Joyal, cette logeuse acariâtre, facilement irritable et toujours irritante, qui pourrit l'existence de ses locataires. Il reconnaît que le Québécois est capable autant que l'Allemand, le Congolais et le Japonais, de xénophobie et d'étroitesse d'esprit. Cette tare représente selon lui la preuve irréfutable que le Québec constitue une nation comme les autres, ni meilleure, ni pire. Si ce constat désolant sur une démarche identitaire tribale scandalise certains, d'autres pensent en silence qu'il était temps que l'on en parle.


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*Date, texte et photo aimablement communiqués par Eric Dupont, méls. 27-29.10.06. 1. Citation choisie par Eric Dupont, (Siracide, 22-19). Remerciements à Eric Dupont.